Dimanche 13 juillet 2008

Nicolas Sarkozy se rendra à Pékin le 8 août pour assister à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques. Il va l’annoncer à son homologue chinois, Hu Jintao, en marge du sommet du G8. 

Ses justifications ne sont guère convaincantes. On se souvient de sa position au printemps : à la suite de la répression violente des émeutes de Lhassa et du fiasco de la flamme olympique, le président avait menacé de boycotter l’évènement. Il avait conditionné sa venue à la reprise d’un dialogue entre la Chine et le dalaï-lama. Les autorités chinoises ont certes fait quelques gestes de façade : rencontre avec des émissaires du dalaï-lama ; libération d’un millier de Tibétains ; réouverture du Tibet aux touristes étrangers. Mais rien n’a changé sur le fond : la répression continue au Tibet et aucune concession n’a été faite au dalaï-lama.

Nicolas Sarkozy a pourtant raison d’aller à Pékin. Le boycott de la cérémonie d’ouverture ne fait pas sens. 

Le débat sur l’attitude à tenir vis-à-vis de la Chine est naturellement légitime. Les « humanistes » rappellent les exactions commises au Tibet et les violations continues des droits de l’homme en Chine. Les « réalistes » soulignent à l’inverse les progrès accomplis en termes de libertés publiques depuis vingt ans et la dynamique positive en œuvre.

Le débat est légitime, mais il est forclos pour les Jeux Olympiques. La question n’est pas de savoir s’il faut boycotter en 2008 des Jeux qui ont été accordés à la Chine en 2001. La question est de savoir s’il fallait, en 2001, accorder les Jeux à la Chine. Le débat était très légitime au moment du choix de la ville d’accueil. Mais dès lors que ce choix est fait, c’est que le débat est tranché : la Chine est jugée digne d’accueillir les JO. 

S’est-il passé depuis 2001 des évènements de nature à remettre en cause la décision d’attribution ? Non. Les Tibétains ont certes saisi l’arme des JO pour attirer l’attention de la communauté internationale sur leur cause – ils ont bien fait. Mais le régime chinois ne s’est certainement pas durci pendant la période. 

Le vrai enjeu est ailleurs : pourquoi le débat de 2008 n’a-t-il pas eu lieu en 2001, lors de l’attribution des JO ? Tout simplement parce que personne n’a été consulté, ni les Etats, ni les opinions publiques. La décision a été prise dans le secret du seul Comité international olympique (CIO).

Les Jeux Olympiques constituent un évènement planétaire exceptionnel. Ils offrent un rayonnement international, une dynamique économique et culturelle, au pays organisateur. Ils représentent, comme les autres grands évènements sportifs internationaux, des actes diplomatiques très importants. Or ces décisions sont réalisées par des organisations (CIO, FIFA, UEFA, Fédération internationale d’automobile…) privées, non-démocratiques, qui ne sont pas en charge de l’intérêt général mais d’intérêts sportifs et surtout, désormais, financiers. Les Jeux de Pékin génèrent ainsi des revenus faramineux : 1.7 Md$ de droits de retransmission audiovisuels (pour près de 4 milliards de téléspectateurs attendus), 2 Md$ de marketing, 200 M$ de billetterie. 

La communauté internationale se laisse ainsi imposer une partie de sa diplomatie à l’égard de la Chine par des intérêts privés. Le CIO a d’ailleurs remis le couvert avec les JO d’hiver de 2014, attribués à Sotchi, dans une région caucasienne devenue un désastre écologique, proche de la Tchétchénie, symbole de la crispation autoritaire du régime Poutine.

Ramener les évènements sportifs planétaires dans le giron de la diplomatie internationale, par exemple sous la responsabilité des Nations Unies : voilà le vrai défi que posent les Jeux Olympiques de Pékin. Le problème des JO de Pékin, c’est le CIO, pas la Chine.

Par Olivier Ferrand de la Fondation Terra Nova :  www.tnova.fr

par Michaël Boutines publié dans : Point de vue
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Lundi 7 juillet 2008

Une nouvelle période s’ouvre au sein du Parti socialiste : le temps des contributions. En y regardant de plus près, loin des tentations médiatiques pointant les querelles personnelles, nous, militants, faisons le choix du débat de fond pour préparer l’orientation politique de notre parti. Le temps des contributions est un moment particulier pour faire avancer des idées neuves, analyser la situation, réaliser des propositions concrètes pour la reconquête et la mise à jour de nos pratiques militantes.

Novembre 2008. La gauche a rendez-vous avec l’histoire. Les valeurs réformistes et de justice sociale se confondent enfin avec le 21ème siècle.

Excès de naïveté ou réalité politique ? Alors que les socialistes français entameront la phase la plus active de leur congrès, le peuple américain désignera son nouveau président. Première puissance, omniprésente et omnipotente de notre planète, le choix du peuple américain portera donc une lourde responsabilité sur les évolutions du monde à court terme. A charge d’être moins spectaculaire, le Congrès de Reims influencera tout autant l’avenir de notre camp, en France bien sûr mais également au niveau européen.

A la recherche d’un pouvoir d’achat perdu, perplexe dans une Europe en panne, désabusée par la présidentialisation de ses institutions… la France a besoin de gauche !

Le  Congrès de Reims doit nous amener à remettre sur les rails les orientations du Parti socialiste, des orientations en phase avec les attentes de nos concitoyens et le contexte dans lequel nous évoluons. Le Congrès de Reims doit nous permettre de lancer une nouvelle équipe à la tête de notre parti, non seulement pour la durée du mandat mais clairement pour préparer la gauche à l’alternance en 2012.

En signant le texte « Besoin de gauche », nous réaffirmons notre envie d’être des militants engagés. Au sein du groupe Rénover maintenant et avec le projet des « Reconstructeurs »,  nous restons des militants résolument attachés aux valeurs portées par le mouvement socialiste. La perspective de refonder le message et l’action des socialistes doit maintenant devenir une ambition partagée par tous. La philosophie générale des contributions générales déposées cette semaine prouve une fois de plus combien ce qui nous réunit est plus fort que ce qui nous divise !
 
« Besoin de gauche » figure comme l’émergence d’une intelligence collective. Ce texte est le fruit d’un travail collectif qui doit s’opposer au modèle actuel, personnifiée à l’excès par l’actuel président de la République. La méthode pour réussir sera plurielle.
                         
« Besoin de gauche » dresse le constat clair du monde, de l’Europe, de la France d’aujourd’hui. Le contexte dans lequel nous évoluons nous oblige à mesurer l’ampleur des chantiers qui nous attendent : crise économique, crise industrielle, défi environnemental,…

« Besoin de gauche », délimite les contours d’une alternative crédible qui reste à construire ensemble
. Parmi ses propositions, ce texte conçoit 4 priorités à réaliser : définir un nouveau modèle de développement, promouvoir l’égalité réelle, réaffirmer notre engagement européen, et reconstruire le Parti socialiste.

Tu l’auras compris, nous refusons la logique qui tend à ringardiser les idées du Parti socialiste. En soutenant la contribution « Besoin de gauche », nous faisons le choix de soutenir un texte  que nous jugeons être utile et porteur de sens pour le PS. La prochaine phase nous donnera l’occasion d’en débattre, pour réussir ensemble la bataille culturelle qui nous attend afin d’offrir un projet alternatif et une alternance politique.


Cédric BALECH
Militant de la section de Condom (BF)  www.cedric-balech.net 

Michaël BOUTINES
Secrétaire de section de Lombez (CF)  www.michael-boutines.com

Pour télécharger le texte :
http://besoindegauche.over-blog.net/article-20850501.html

par Michaël Boutines publié dans : Article
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Dimanche 6 juillet 2008

Dans le cadre de notre campagne aux élections municipales nous avions fait une proposition forte en matière de développement durable : tendre vers une autonomie énergétique pour Lombez. Voici un article paru dans le journal Le Monde dans son édition du Mardi 24 juin, qui relate une expérience réussie en la matière. Politique par la preuve... c'est possible ! Voici une expérience à méditer et surtout utile pour engager les communes vers des politiques environnementales qui ont du sens. Socialement juste et économiquement viable et créateur d'emplois, ce modèle mérite une attention particulière. Voici une politique publique locale qui permet d'inscrire une commune vers l'avenir. 
                                                                                                         

Article de Jean Pierre STROOBANTS :

« Mir hunn energie ! » Le slogan « on a de l'énergie ! » est partout, à Beckerich. Sur les façades, sir les documents officiels, dans la tête des concitoyens de Camille Gira, le député maire écologiste. Ce quinquagénaire bouillonnant d'idées et de projets a fixé un objectif à sa commune rurale, dans l'ouest du duché de Luxembourg : l'autarcie énergétique.

Donner aux 2 700 habitants la maîtrise de l'approvisionnement « au lieu de dépendre des cheiks arabes », comme il le dit ? Il y a un quart de siècle que cet homme chaleureux, direct et patient y travaille, depuis qu'il est devenu le premier échevin (adjoint au maire) puis le bourgmestre de ce bourg rural, situé à un jet de pierre de la frontière belge.

En ces temps de forte hausse des prix de l'énergie, avec le litre de gasoil de chauffage qui au Grand Duché atteint 0,90 euro contre 0,30 euro il y a cinq ans, Camille Gira n'est pas du genre à jubiler. Mais il sait qu'il a eu raison de développer, en autres, un système de chauffage urbain à partir de la bio méthanisation. Quelque 90% des ménages de Beckrich y sont désormais connectés et économisent, chaque année, 500 euros par rapport à une consommation moyenne de gasoil.

« L'argent n'est évidemment pas le seul élément à prendre en compte, souligne le maire. Je suis soucieux des questions environnementales et sociales, mais j'ai appris à utiliser d'abord les arguments concrets. Puis à faire en sorte qu'une fois qu'ils ont adhéré, les citoyens n'aient plus aucun souci pratique. » Ainsi, s'ils signent un contrat de copropriété pour l'une des installations photovoltaïques des bâtiments communaux mises gratuitement à leur disposition, ils n'auront plus à soucier de rien. Une régie publique gérera les intérêts et les formalités de ces petits producteurs indépendants d'énergie solaire.

Sur les hauteurs de la commune, Constant Kieffer n'est pas peu fier de montrer ce qu'il appelle « l'estomac de la vache ». Sourire en coin et œil malicieux, le gérant de Biogaz n'aime rien de plus qu'observer la tête des visiteurs lorsqu'ils découvrent, au travers d'un œilleton, l'action des bactéries dans son digesteur. Lisier, déchets végétaux et huiles végétales sont versés dans cette énorme cuve couverte d'un dôme, un milieu porté à 38°C et privé d'oxygène. Au bout de 40 jours, il en ressort du biogaz qui, brûlé, produira de l'électricité pour 700 ménages et de l'eau chaude pour le réseau de chauffage. Soit 24 km de tuyaux qui entrent dans la maison et alimentent radiateurs et chauffe eau. Les résidus serviront d'engrais.

Pour réaliser ce projet, Camille Gira a convaincu 19 agriculteurs de fonder une coopérative et d'investir 5 millions d'euros. Certains sont allés jusqu'à hypothéquer leur ferme, mais aucun ne formule de regrets : le succès à dépasser leurs espérances. « Quand ils ont vu cette usine sortir de terre, les gens ont vraiment adhéré à nos projets » dit Camille Gira.

Aujourd'hui, la demande dans la commune est telle que le biogaz ne suffit plus. Alors, un peu plus loin, une équipe d'ouvriers venus d'Autriche monte une chaudière haute de 30 mètres ? Au mois d'octobre, elle brûlera des copeaux de bois qui fourniront de la chaleur. Le bois viendra des 700 hectares de forêts communales, dont 400 hectares appartenant à quelques 260 propriétaires privés. La mairie leur a proposé de vendre leurs terrains, ou de les échanger. Elle a aussi décidé d'instaurer des contrats de quinze ans, fondés sur le troc : les propriétaires pourront choisir de fournir du bois en échange d'une réduction proportionnelle de leur facture énergétique. 

Christian Seidel, un habitant du village, a été l'un des premiers à croire aux projets d'énergies vertes du maire. Il a payé 2 300 euros et roqué une chaudière au gasoil contre un boîtier d'un mètre sur un dans lequel se fait l'échange entre l'eau chaude qui entre et l'eau froide qui sort. « Le réseau passait devant chez moi, le système ne nécessité ni entretien d'une chaudière ni nettoyage de la cheminée, et j'économise quelque 400 euros par an », explique-t-il. Depuis, M. Seidel a, comme 10% des habitants, installés des panneaux solaires aussi sur son toit.

« C'est vrai qu'on a cessé de nous prendre pour des fous » a commenté discrètement Camille Gira. En 1995, adhérant à un projet international Alliance pour le climat, il s'était engagé à réduire, à Beckerich, les émissions à effet de serre de 50% à l'horizon 2010. L'objectif sera atteint. Et l'autarcie ? « En 2020, peut être, mais l'important c'est l'objectif, pas la date » soutien le maire. Il connaît les règles du marketing, et saut qu'en fixant un tel à ses concitoyens, il entretient leur mobilisation.

Dans les années à venir, il leur promet un recours à l'énergie éolienne. Il les incite, à coups de primes, à renouveler leurs équipements ménagers (38 euros pour l'achat d'un réfrigérateur basse consommation), à rénover leurs habitations en les isolant au mieux, à récupérer l'eau de pluie etc. La consommation électrique des ménages a baissé de 7% par an depuis 1994, alors qu'elle augmente de 2 à 3% dans le reste du pays.

Parce qu'elle sait qu'il faut, encore et toujours, donner l'exemple, la mairie applique partout ce qu'elle prône. A l'école d'Oberpallen, où les peintures sont minérales et les câbles électriques sans PVC. Au hall sportif, isolé grâce à un bois traité thermiquement pour le rendre durable. Dans la zone économique, où le bâtiment principal possède une ossature bois, un triple vitrage et une puis canadien, système géothermique de chauffage et de ventilation. Au centre Dillendapp, qui accueille, hors des heures d'école, des enfants scolarisés pour permettre à leur mère de travailler librement, l'éclairage se règle automatiquement et l'air est constamment renouvelé.

D'une fenêtre de ce magnifique bâtiment, Camille Gira montre une autre de ses réalisations : un pan de forêt dégagé pour permettre à des hirondelles troglodytes, une espèce menacée, de continuer à nicher au sol. « Peut être avons-nous tous déjà raté le train du changement climatique. Mais au moins aurai-je démontré qu'on peut changer une société, même si elle est réputée conservatrice » ; conclut-il.

par Michaël Boutines publié dans : Article
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Dimanche 29 juin 2008

La direction de l’assurance maladie présente aujourd’hui son plan de redressement pour 2009. Les déclarations de son directeur laissent présager une logique de déremboursement inquiétante. Selon Brigitte Dormont, professeur à l’Université Paris Dauphine, le transfert vers les organismes complémentaires n’est pas neutre pour les assurés : les ménages les plus modestes risquent de ne pas pouvoir accéder à l’assurance complémentaire. Les propositions de l’assurance maladie permettent d’ouvrir le débat sur les affections de longue durée : ce dispositif généreux instaure une assurance à deux vitesses qui nourrit le désengagement de la sécurité sociale pour les patients non-ALD.

Le plan de redressement proposé par le directeur de l’assurance maladie a provoqué un tollé parmi les syndicats et les associations de patients. Les mesures annoncées comportent une réduction de la liste des affections de longue durée (ALD) et de la couverture des médicaments à vignette bleue pour les patients concernés. Le dispositif des ALD offrait jusqu’à présent à ses neuf millions de bénéficiaires une couverture des soins à 100%. Une logique de déremboursement semble à l’œuvre, encore et toujours. 

Dans une interview accordée au journal Les Echos, Frédéric Van Roekeghem, minimise l’impact du déremboursement envisagé en évoquant un transfert vers les organismes complémentaires. Depuis des années, divers dispositifs sont adoptés pour désengager la sécurité sociale, avec toujours l’argument des assurances complémentaires pour en minimiser la portée. Le transfert d’une partie de la couverture vers les assurances complémentaires n’est pas neutre. Pour le gouvernement tout basculement permet d’alléger la pression fiscale puisque les primes des assurances complémentaires ne sont pas comptabilisées comme des prélèvements obligatoires.

Les perspectives sont moins radieuses pour les assurés sociaux. Les soins couverts par la sécurité sociale sont financés par des cotisations proportionnelles au revenu. Tout change si leur couverture est transférée aux complémentaires. Pour les 40% de ménages qui n’ont pas accès à une complémentaire par leur entreprise, le prix à payer n’est plus une cotisation, mais une prime qui peut varier avec l’âge. Le financement de la complémentaire est forcément dégressif : on observe que la part du revenu consacrée à l’achat d’une complémentaire varie de 2,9 % pour les ménages les plus aisés à 10,3 % pour les plus modestes. Les écarts de prime entre les jeunes et les seniors peuvent aussi varier du simple au triple ! Résultat : malgré l’existence de la CMU-C pour les revenus les plus bas, une proportion encore non négligeable de ménages modestes n’a pas d’assurance complémentaire, ce qui conduit un tiers d’entre eux à renoncer à certains soins. 

La régulation actuelle des organismes complémentaires ne permet pas d’éviter ce type d’exclusion. En dehors des contrats de groupes définis pour les entreprises, le caractère facultatif de l’assurance complémentaire, joint à la concurrence entre organismes, contraint les assureurs à ajuster les primes au plus près des dépenses prévues pour chaque individu. Dans ces conditions, organiser le glissement d’une part de la couverture des soins vers les complémentaires c’est, effectivement, accepter un déremboursement pour une partie de la population. 

Le plan annoncé ose toucher aux ALD. Ce dispositif semble irréprochable par sa générosité. En réalité, il mine progressivement l’assurance maladie. La dégradation de la couverture évoquée plus haut n’apparaît pas dans les statistiques globales : depuis des années, la sécurité sociale couvre une part constante des dépenses de soins, environ 80 %. Mais cette apparente stabilité recouvre un important changement de structure : la part des patients classés en ALD, couverts à 100 %, augmente fortement tandis que le taux de couverture des assurés non-ALD diminue. Il est permis de penser que les deux mouvements s’alimentent mutuellement : diminuer la couverture permet de financer les ALD et classer un patient en ALD résout ses difficultés de financement. En instaurant deux niveaux de couverture, le dispositif des ALD a constitué une condition permissive du retrait progressif de l’assurance maladie pour les non-ALD. Les propositions de Frédéric Van Roekeghem reviennent à engager un alignement vers le bas des taux de couverture qui n’est pas acceptable. Elles ont cependant le mérite d’ouvrir le débat sur les ALD.
 

                                                    http://www.tnova.fr/images/stories/publications/editos/007-assurance.pdf

par Michaël Boutines publié dans : Lu sur le net
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Jeudi 26 juin 2008
Parler du développement durable en France a-t-il un sens quand il s’agit d’une question mondiale par excellence ? De nombreuses politiques publiques relèvent, en effet, déjà du niveau européen et international. Le marché du carbone comme les règlementations qui encadrent les entreprises en matière environnementale sont du ressort de l’Union européenne. Les négociations climatiques, comme commerciales, se jouent directement entre l’Europe, les Etats-Unis et les grands pays émergents.

Pour autant, ce qui se fait en France ou la façon dont les représentants de l’Hexagone se comportent dans les négociations européennes et internationales ont bien un impact mondial. Ainsi, sans le lobbying actuel mené par la France auprès de la Commission européenne dans le cadre du projet de directive « énergie climat », la taxe carbone aux frontières de l’Union (pour les produits fabriqués dans des pays n’ayant pas ratifié le futur accord international post-Kyoto pour l’après-2012) n’aurait aucune chance de voir le jour. Inversement, pour des raisons de politique agricole interne, la France est l’un des pays les plus engagés dans le soutien aux agrocarburants, dont l’impact négatif sur la sécurité alimentaire du monde est avéré.

Sans être décisives, les prises de position françaises importent donc pour le développement durable dans le monde. Analyser en détail les politiques publiques, le comportement des grandes entreprises et des consommateurs que nous sommes tous, etc. n’est donc pas un exercice de nombrilisme nostalgique, mais bien une contribution au débat démocratique autour de questions déterminantes pour notre avenir.

D’autant que de nombreux sujets clés pour le développement durable relèvent encore principalement du cadre national. La gestion des déchets comme le code de l’urbanisme ou la prévention des cancers liés à l’environnement sont du ressort des autorités nationales ou locales. La mondialisation des enjeux ne peut pas être une excuse pour ne pas exercer au mieux cette responsabilité.

Mais l’écart, parfois important, entre les discours politiques et les politiques réellement menées renvoie aussi aux contradictions d’une opinion publique qui soutient l’écologie tant qu’elle ne change rien à son mode de vie. Un obstacle qui ne sera levé qu’en proposant un nouveau modèle économique conciliant respect des exigences du développement durable et meilleure qualité de vie individuelle et collective.

par Michaël Boutines publié dans : Lu sur le net
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Mardi 24 juin 2008

Dans la foulée du Grenelle de l’environnement, le Conseil Economique et Social prolonge une réflexion entamée depuis 10 ans et propose une série de mesures pour l’amélioration de la gestion des déchets ménagers.

 

Dans l’avis qu’il vient d’adopter à travers le rapport de Michèle ATTAR, membre de la section cadre de vie, le CES part d’un constat mitigé. Il estime que l’évolution du problème depuis une décennie fait que les dispositifs mis en place au cours des années 90 ne suffisent plus. Les déchets ménagers et assimmilés (ordures ménagères, déchets des petites entreprises et déchets occasionnels) représentent 32,5 millions de tonnes chaque année, soit 4% de la production totale des déchets. Le CES relève que « les performances de l’organisation de la collecte ne décollent pas, que celles des collectes sélectives stagnent à un niveau médiocre : la collecte et la valorisation des biodéchets sont marginales. D’autres gisements, tels les déchets dangereux diffus, sont très mal captés et la réduction des déchets à la source peine à se concrétiser ».


« Il manque un cadre opérationnel clair » oberve Michèle ATTAR. Afin de contribuer à son élaboration, le CES a focalisé sa réflexion sur quelques points cruciaux : la co-responsabilité des acteurs, le développement du caractère incitatif des financements et enfin le niveau de taxes et contributions et leurs modes d’affectation et de gestion. Il les a traduits en 21 propositions. Il plaide notamment pour que soit favorisée l’éco conception, le réemploi et le recyclage des produits avec, pour objectif l’émergence d’une « économie circulaire » permettant de réduire les déchets à la source et de favoriser la valorisation des ressources déjà produites. Il désigne prioritairement deux catégories de déchets : les produits manufacturés (68% des déchets ménagers) et les déchets organiques (24%).

Pour que ceci entre dans les faits, le CES prône la généralisation des « responsabilités élargies des producteurs » (REP) à l’ensemble des produits manufacturés, en parfait accord avec les conclusions du Grenelle de l’environnement, qui proposent la création d’une taxe sur les produits fortement générateurs de déchets et la mise en place d’une filière pour les déchets d’activité de soins à risques infectieux.

 

S’agissant du recyclage des déchets organiques, le CES recommande la collecte séparative systématique du flux des fermentescibles. Aujourd’hui, la responsabilité de la collecte incombe principalement aux collectivités territoriales et en partie aux producteurs, via la mise en place de filières de valorisation spécifiques. Mais au final, le financement de la gestion des déchets pèse surtout sur les contribuables (plus de 80 %).
Afin de responsabiliser davantage les producteurs, le CES a retenu quatre mesures :

-         un niveau de prise en charge à 80% par les REP des déchets induits par les produits manufacturés, contre 6 % actuellement ;

-         l’introduction de critères incitatifs dans les barèmes des producteurs afin de favoriser l’éco conception ;

-         une harmonisation des REP et un seul éco organisme par filière ;

-         la remise en vigueur de consignes aujourd’hui négligées pour les produits dangereux comme les solvants.


Enfin, le CES demande que soit clarifié le rôle du Centre National des Déchets, que la recherche en ce domaine soit relancée et qu’une nouvelle loi « déchets » soit proposée au Parlement.

 

http://www.conseil-economique-et-social.fr/ces_dat2/2-3based/base.htm

par Michaël Boutines publié dans : Article
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Mercredi 18 juin 2008

Après avoir découvert un projet de décharge porté par une entreprise privée sur la commune de Betcave Aguin, les élus locaux autour du Maire Jacques SERIN, les habitants de la commune, des villages voisins et des associatifs se mobilisent depuis plus d’un mois. Une association « Sauvons Betcave Aguin » a été créée. Lors de diverses manifestations, les élus locaux et l’association sensibilisent les acteurs départementaux à un projet purement financier, sans cohérence avec une politique publique de collecte et de traitement des déchets.

 

De quoi s’agit il ?

La société BOUCOU, entreprise spécialisée dans les déchets, recherche des terrains pour faire croître son activité industrielle par le biais de décharges. Sur Betcave Aguin, elle sollicite deux agriculteurs et elle se porte acquéreur de 100 hectares dont 40 ha de bois en effectuant une offre d’achat « alléchante » plus d’un 1 million d’€ !

 

Appât du gain pour une profession en mal de reconversion ? Pourquoi ici dans ce poumon écologique de la vallée, à quelques pas d’une zone Natura 2000 ? Pourquoi une autre décharge à proximité du Centre de Stockage de déchets de Moncorneil Grazan ? c’est une « double peine » ! Toutes ces questions et de nombreux étonnements s'enchaînent dans les conversations de notre canton.

 

Acheter de l’espace, en dérangeant le moins de personnes, c’est possible dans des zones rurales comme les autres. Sans être trop éloignés, nos espaces ruraux, nos terres agricoles ou nos bois sont des « aubaines » à saisir à proximité de la métropole toulousaine. En jouant sur l’évolution et la transformation du métier d’agriculteur, nos territoires sont devenus captifs pour de tels « prédateurs » d’espaces.

 

Nous connaissons déjà ce phénomène en vallée de la save où les projets immobiliers se multiplient ne recherchant que des produits financiers rentables oubliant qu’un territoire doit se développer d’abord en respectant ses habitants et ensuite dans le cadre d’un schéma cohérent, concerté et souhaité.

 
Face aux "sirènes" de la Taxe Professionnelle et des emplois, quelle attitude ou quel positionnement
 ?

Les élus locaux peuvent être aveuglés par « l’hypothétique gain » de taxe professionnelle ou des promesses d’emplois. Cela arrive parfois… Cet aspect économique que l’on met en avant permet de faire culpabiliser celles et ceux qui se posent des questions de bon sens et il fait disparaître le débat démocratique. Par cette pratique de « chantage à l’emploi et aux rentrées fiscales » des territoires sont détruits, des populations piégées et l’esprit citoyen cadenassé !

En jouant sur des réflexes égoïstes et en l’absence de mécanisme de contrôle, des « projets idylliques » peuvent naître à contre sens des réalités de territoires. 
C'est pour cela qu'il faut avoir du courage politique et donner du sens à l'action publique. Ne pas subir, ne pas être dans la résignation permanente mais orienter une politique économique c'est possible ! 
 

C’est une mobilisation citoyenne qui est née, face à une colère légitime qui s’exprime, j’apporte mon soutien de citoyen engagé et de militant de la cause du développement durable.
Il ne s’agit pas d’apparaître « contre tout » ou « en réaction » mais se poser les bonnes questions : Quelle politique de traitement des déchets ? Quelle politique volontariste pour le recyclage ? Comment imposer aux industriels des emballages moins polluants et moins nombreux ? Les premières réponses existent, ce sont les préconisations du Grenelle de l’Environnement à l’appui d’expériences publiques locales (l’exemple gersois est intéressant). La question des déchets est à prendre avec sérieux et anticipation. Notre département ne doit pas être la poubelle des territoires urbains et une rente viagère pour les professionnels privés !

 

Mobilisez vous et envoyez vos messages de soutien aux citoyens de Betcave Aguin et du canton !

 

par Michaël Boutines publié dans : Article
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Samedi 7 juin 2008

Dans le cadre de la publication du projet de loi de programmation Grenelle, la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme reprend aujourd’hui la parole sur un processus unique initié au lendemain de l’élection présidentielle. Le consensus issu des négociations du Grenelle de l’Environnement, en octobre 2007, a-t-il été retranscrit dans le projet de loi ? Tour d’horizon à l’occasion de la Journée mondiale de l’Environnement… 

Un processus qui tarde à se concrétiser 

En octobre 2007, au terme d'un processus démocratique sans précédent réunissant dans une même démarche les pouvoirs publics et de nombreux acteurs représentatifs de la société civile française, le Grenelle de l'Environnement voit le jour avec une ambition forte : favoriser une prise de conscience nationale de la gravité de la crise écologique et la traduire par la mise en place de mesures concrètes à la hauteur des enjeux. 
 

Le 30 avril 2008, le gouvernement a rendu public le projet de loi de programmation Grenelle, qui donne un statut juridique au processus. Alors que cette loi devait initialement être discutée au Parlement en juin et signifier haut et fort la mutation écologique entamée dans l’hexagone à la veille de la présidence française de l’Union européenne, il est aujourd’hui question de repousser cette échéance à l’automne.

Dans un contexte particulièrement révélateur de la crise écologique actuelle - hausse du prix du pétrole, tension sur la production alimentaire, raréfaction des ressources, déséquilibre climatique aggravé…- et dont les conséquences sociales dramatiques se font déjà sentir, ces délais de mise en oeuvre apparaissent particulièrement préoccupants, alors que la prise de conscience collective encourage un passage à l’acte rapide.

 

De nombreux acquis mais des mesures structurantes trop timides

La loi de programmation Grenelle présente une somme d’objectifs et d'engagements significatifs pour répondre à l’impératif écologique. Sur le quantitatif, cette loi reflète le consensus qui s’est dégagé parmi les acteurs du Grenelle en octobre dernier. Cependant, certaines mesures parmi les plus « structurantes » ont été affaiblies ou ont disparu de la loi. C’est le cas par exemple, de la fiscalité écologique avec la mise en place d’une Contribution Climat-Energie ou de l’opposabilité de la nature aux grands projets d'infrastructures.

Afin de permettre à chacun de situer les avancées et reculs du projet de loi de programmation Grenelle par rapport au consensus des tables rondes du Grenelle d’octobre 2007, appuyé par le discours du président de la République, la Fondation Nicolas Hulot publie, le 5 juin 2008, sur son site Internet, www.pacte-ecologique.org, un document d’analyse tant sur le processus que sur le contenu de la loi de programmation.

Les 750.000 signataires du Pacte écologique, ainsi que la société civile pourront alors se positionner et faire entendre leur voix auprès de leurs députés et sénateurs qui seront amenés à voter cette loi.

La Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme entend, dans les prochaines semaines, rester particulièrement vigilante pour que l’ambitieux processus du Grenelle de l’Environnement ne se dilue pas et entre le plus rapidement possible dans sa phase opérationnelle.


http://www.pacte-ecologique.org/pdf/Analyse-Loi-Grenelle-juin08.pdf

 

par Michaël Boutines publié dans : la parole à
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Mercredi 4 juin 2008

Le Parti Socialiste est entré dans sa première phase du Congrès de Reims du mois de Novembre prochain après les débats sur la déclaration de principes et les modifications statutaires. Je vous propose le texte d'une sensibilité du PS à laquelle j'appartiens. Il s'agit de Rénover Maintenant, dont le responsable est Arnaud MONTEBOURG. Ce texte est un résumé de la situation de notre parti politique telle que je peux la percevoir, l'analyser et partager les orientations futures. Je vous  livre le texte :


"Après une nouvelle défaite présidentielle, notre prochain Congrès doit être celui du redémarrage. Dans un contexte économique et social difficile pour de nombreux français et tout particulièrement pour les couches populaires dont nous devons être les porte parole, les mois de réflexion qui nous séparent de Novembre doivent être consacrés a un examen collectif profond des causes qui nous conduisent répétitivement a l’échec. Mais, à la différence des échecs présidentiels précédents nous ne pourrons nous contenter d’une analyse franco-française car, pour la 1ère fois depuis longtemps, c’est toute la social démocratie européenne qui souffre, écartée du pouvoir dans le Nord de l’Europe, en Italie, en Allemagne et très affaiblie en Angleterre. Partout les partis de gauche gouvernementaux souffrent, leur capacité a incarner concrètement les idéaux de justice sociale, de lutte contre les inégalités et de protection des plus faible est en recul, tandis que réapparaissent des formations de gauche de la gauche(Allemagne, Italie) que, par une curieuse inversion des rôles des formations de droite dure reprennent les thèmes traditionnels de la gauche : État providence, valeur travail (Pays Bas, Suède)et que les partis sociaux démocrates classiques peinent a penser la nouvelle synthèse sociale -écologique indispensable aux années qui viennent.


La nouvelle déclaration de principe du PS aurait pu être le point de départ de la période qui s’ouvre. Mais, à vouloir apporter dans la précipitation des réponses avant que nous ne nous posions les bonnes questions, elle s’est avérée une occasion manquée. Tout n’y est pas raté, et la voie d’une "démocratie sociale et écologique de marché », quoique abstraite, correspond bien a ce que devrait être notre projet de société. Pour autant, ressort avant tout de cette nouvelle déclaration notre volonté de reconnaître le marché et d’abandonner toute voie révolutionnaire ce qui satisfait les éditorialistes, mais relève plus du folklore que du bouleversement idéologique.


Dès lors tout reste à penser : la nouvelle grille de lecture de la réalité de la mondialisation d’aujourd’hui(celle qui ne profite plus seulement à quelques grands groupes occidentaux comme il y a 10 ans mais voit émerger de puissants concurrents dans les économies émergentes) l’analyse de la paralysie de nos instruments traditionnels de redistribution, le rôle de l’État, le contenu du pacte social auquel s’identifie les Français, la réflexion pour imaginer dès à présent la société sans pétrole, les voies et moyens de l’invention d’une Mondialité soucieuse de développement humain durable face à la mondialisation libérale qui organise les confrontations sur tout les plans. On voit bien l’importance du travail à engager et la puissance de l’effort de réflexion qu’il faudra déployer. Pour nous, le Congrès doit établir la feuille de route de ce travail, définir son cadre idéologique, en préciser la méthode et le calendrier (24 mois ?). S’il faisait cela, le congrès serait pleinement réussi.


D’autres, plus pressés, préféreraient un congrès d’ordre. Nous devrions dès à présent arbitrer entre présidentiables, porter l’un d’eux à notre 1er secrétariat, nous ranger en ligne derrière lui et espérer de ce dispositif de soumission qu’il nous conduise au succès en 2012. Arrêter de penser dès aujourd’hui pour suivre le leader désigné : c’est exactement de cette façon que les baleines organisent leur suicide.


L’autre priorité concerne la construction du Nouveau parti socialiste, puisque c’est bien ainsi qu’on doit nommer le nouveau parti qui naîtrait de la lever de l’hypothèque de la désignation en interne de notre candidat à l’élection présidentielle.


Nous proposons de bâtir un nouveau Parti Socialiste qui, tout en intégrant pleinement la logique de l’élection présidentielle, refuse d’y soumettre nos fonctionnements internes. Cette voie fait le pari que la force des débats qui s’engagent dans la société, au moment de l’élection présidentielle, est un point d’appui essentiel pour donner un souffle nouveau à nos idéaux et repenser notre parti.


Pour cela, nous entendons confier à des élections primaires à la française la désignation du candidat à l’élection présidentielle. Organisée 12 mois avant l’élection, cette désignation « populaire », outre la dynamique qu’elle créera, libèrera le Parti socialiste des combats sclérosants de l’investiture.


N’ayant plus à investir lui-même le candidat, le Parti socialiste pourra consacrer toute son énergie à la rénovation afin de devenir le fer de lance idéologique, programmatique et idéologique du futur candidat. Pour cela, il devra se doter d’outils pour s’ancrer davantage dans la société à partir d’une force militante renouvelée (organisation de ses relais dans le monde économique et les services publics ; réappropriation de la coordination directe de ses élus locaux ; développement des liens avec les acteurs associatifs) ; travailler à penser les évolutions de la société à moyen terme en créant un outil de réflexion ambitieux ; développer des services pour sa base sociale (assurances, mutuelles), voire aider à la constitution d’outils financiers d’investissements sociaux lui permettant de prendre des participations financières minoritaires pour contribuer à des objectifs précis (émergence de nouvelles formes économiques, pluralisme dans les médias). À côté de ces missions nouvelles, il continuera bien sûr à définir les orientations et à investir les candidats pour les élections locales et législatives.


Reprécisant aussi en profondeur son rôle et ses moyens d’actions, le Parti Socialiste pourra engager un renouveau militant et devenir durablement le pôle qui tirera l’ensemble de la gauche vers les succès, s’élargir progressivement pour devenir le parti de toute la gauche et rester ainsi la pépinière d’où émergera le futur candidat. Dans tous les cas, ce travail à engager dépasse de beaucoup la rénovation et s’apparente beaucoup plus à une refondation. C’est l’utilité même du Parti socialiste, dans sa forme actuelle, que la succession des échecs présidentiels oblige à affronter."

par Michaël Boutines publié dans : Article
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Dimanche 1 juin 2008

Entretien avec Jérôme Pélisse : Sociologue, maître de conférences à l'université de Reims, chercheur au laboratoire AEP (analyse et évaluation des professionnalisations). Il a rédigé une thèse au Centre d'études de l'emploi (CEE) sur les 35 heures.
Entretien avec Gaëtan Gorce : Député de la Nièvre, secrétaire national du PS et porte-parole du groupe socialiste à l'Assemblée nationale sur les questions sociales et l'emploi.
Si la droite propose de "travailler plus pour gagner plus", la gauche s'interroge: la RTT a-t-elle dégradé les conditions de travail ? Rapporteur de la loi Aubry II, le député socialiste Gaëtan Gorce en débat avec Jérôme Pélisse, sociologue du travail.

Il est de bon ton, aujourd'hui, d'observer d'un regard critique l'effet du passage aux 35 heures sur les conditions de travail et, notamment, sur l'intensification. Qu'en est-il réellement, selon vous?

Gaëtan Gorce: La méthode est éprouvée qui consiste à justifier la mise en cause des garanties sociales en avançant que celles-ci auraient en réalité des effets pervers. Plusieurs enquêtes, dont celle menée par la CFDT auprès de 42 000 salariés, ont démontré que les trois quarts d'entre eux ne souhaitaient pas revenir aux 39 heures, associant la réduction du temps de travail (RTT) à un progrès. L'enquête "RTT et modes de vie", menée par la direction de l'Animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares) fin 2000 et début 2001, aboutissait aux mêmes conclusions: 59 % des salariés estimaient que la RTT avait eu un effet positif sur leurs conditions de vie, alors que 13 % dénonçaient un effet négatif. Il est vrai que le jugement est plus nuancé parmi les salariés non qualifiés dans les petites entreprises, le plus souvent dépourvues de représentation syndicale. Les 35 heures ne peuvent cependant être rendues totalement responsables de cette situation. Comme le soulignait en 2003 Michel Lallement, du Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), devant une commission parlementaire: "Depuis le début des années 1980, on assiste à une transformation des conditions de travail dans l'entreprise. C'est dans ce contexte qu'ont été mises en oeuvre les 35 heures. Il est donc très délicat d'imputer une relation causale simple entre ces dernières et les transformations des conditions de travail."

Jérôme Pélisse: Effectivement, se centrer sur les effets pervers d'une mesure progressiste relève d'une rhétorique réactionnaire qui n'est pas nouvelle. Pour autant, on peut parler d'effets en partie inattendus concernant l'impact de la RTT sur les conditions de travail et la santé. Plusieurs études ont montré que l'effet bénéfique quasi automatique qui en était attendu était loin d'être évident. Les chiffres de différentes enquêtes de la Dares invitent à nuancer le propos et à considérer un effet bien plus ambivalent des 35 heures sur les conditions de travail: dans l'enquête "RTT et mode de vie", 28 % des salariés déclarent que leurs conditions de travail se sont dégradées. L'intensification du travail et la polyvalence qui caractérisent l'évolution des conditions de travail ces vingt dernières années n'ont pas attendu les 35 heures, mais celles-ci en ont accru les effets négatifs et le ressenti chez les salariés. Sans parler de la flexibilité qui, elle, est une conséquence directe de la RTT et qui a provoqué une dégradation des conditions de travail. Donc, s'il ne s'agit pas d'attribuer à la RTT des effets désastreux, il est certain que ses conséquences sur les conditions de travail et la santé n'ont pas été assez pensées, mises en débat et discutées dans les entreprises au moment du passage aux 35 heures.

N'y a-t-il pas dans ce domaine une grande diversité de situations, selon, par exemple, qu'il s'agit d'une entreprise qui se développe ou, au contraire, connaissant des difficultés économiques, ou encore d'un service public?

J. P.: En réalité, le nombre d'embauches mis en face de la RTT est crucial. Et ici, la diversité est grande entre les entreprises. Elles ont embauché dans le cadre de la première loi Aubry (de 6 % à 8 % en moyenne), bien moins après la seconde (moins de 3 %) qui a supprimé les contraintes en la matière tout en maintenant les aides de l'Etat. De ce point de vue, la RTT dans la fonction publique a été une caricature, le processus débutant à l'époque par le souhait de diminuer la durée du travail sans embaucher. Plus largement, c'est aussi parce qu'a disparu, déjà sous la gauche, le sens de la RTT - à savoir l'emploi - que les 35 heures ont pu être délégitimées, gelées et mises à bas par la droite.                                                                                 

G. G.: Je suis d'accord pour considérer que les relations entre RTT et conditions de travail sont extrêmement complexes et que le facteur emploi a été dans beaucoup d'organisations déterminant. Mais la question est-elle d'incriminer les 35 heures ou de s'interroger sur les processus de changement à l'intérieur des entreprises ? A la différence de nombreuses lois sociales, les 35 heures ont eu un effet direct, concret, sur la vie quotidienne des salariés. Mais leur mise en oeuvre a totalement dépendu des conditions de la négociation et par conséquent du rapport de force syndical. Dans quelle mesure la loi pouvait-elle y suppléer ? La loi Aubry II de janvier 2000 était déjà allée très loin dans le détail, dans un souci de protection des salariés.

Les organisations syndicales dénoncent souvent les effets de l'annualisation du temps de travail pour certaines catégories d'ouvriers ou du forfait jours pour certains cadres. Qu'en pensez-vous?

G. G.: La loi sur la réduction du temps de travail a en réalité simplifié et encadré la modulation. Elle est revenue sur la multiplicité de dispositifs qui rendaient tout contrôle pratiquement impossible et elle a soumis toute forme d'organisation au-delà de la semaine à un accord exprès des partenaires sociaux. Elle a donc créé les conditions d'un rapport équilibré entre les besoins des entreprises et la protection des salariés, que l'introduction de la notion d'accord majoritaire permettra encore de mieux garantir. Quant au forfait jours, il répondait à une exigence: trouver pour les cadres une solution concrète pour leur permettre de bénéficier réellement de la RTT. Il est grave, en revanche, que l'actuelle majorité parlementaire ait choisi d'ouvrir ce dispositif à d'autres catégories de salariés ne répondant pas aux critères très précis que nous avions fixés.

J. P.: La simplification des dispositifs ne garantit pas la simplicité de leurs usages, ni de leur contrôle. Et c'est particulièrement vrai de la modulation. Alors que l'Inspection du travail s'est mobilisée entre 1995 et 1999, un désinvestissement semble avoir eu lieu depuis, en raison de la complexité toujours plus grande des règles du temps de travail. En autorisant de nombreuses dérogations, même sous condition de négociation, dans un contexte social et juridique où les rapports entre salariés et employeurs sont déséquilibrés, les normes du temps de travail ont partiellement éclaté. C'est aussi ce que symbolisent l'annualisation et le forfait jours pour les cadres. Les conséquences des dérogations sont toutefois diverses: parfois elles ont facilité l'organisation des horaires pour les employeurs et les salariés, mais elles ont aussi pu accompagner, pour ces derniers, une flexibilité subie, un renforcement du stress au travail et un découplage accru entre durée officielle du travail et durées réellement pratiquées.

Si l'on ne se place pas dans une perspective de remise en cause globale des 35 heures, que peut-on faire pour corriger les inconvénients que vous soulignez ou pour aider les entreprises ou les services qui ne sont pas encore aux 35 heures?

J. P.: Corriger les inconvénients des 35 heures pourrait passer par l'instauration d'un débat public sur leurs effets négatifs, ce qu'a commencé à faire Ségolène Royal, mais aussi par une réflexion sur les moyens donnés aux salariés, et à leurs représentants, pour peser sur l'organisation du travail. Donner le pouvoir aux salariés de démissionner de leur emploi sans perdre le bénéfice de l'assurance chômage, au moins pendant une certaine période, pourrait être une piste pour modifier les rapports de force qui leur sont structurellement défavorables dans une période de fort chômage. Enfin, la fonction de contrôle de l'Inspection du travail pourrait aussi être renforcée.

G. G.: Je suis très inquiet. Malgré les chiffres préoccupants montrant l'intensification du travail, le candidat de l'UMP n'hésite pas à préconiser une augmentation non contrôlée et non maîtrisée de la durée du travail. Un premier pas très dangereux avait déjà été franchi quand Jean-Louis Borloo avait permis aux salariés d'échanger leur droit à repos compensateur contre un surcroît de rémunération. Plus globalement, je suis d'accord sur le principe d'un débat public qui permette de dresser sans tabou un bilan des effets des 35 heures, en particulier dans les petites entreprises et en direction des ouvriers. D'une manière générale, il faut réintégrer le facteur humain dans l'organisation du travail. Je vois deux pistes souhaitables pour cela: accentuer le bonus-malus dans le domaine des accidents du travail et des maladies professionnelles; renforcer l'obligation de négocier dans les entreprises, de préférence à la simple consultation.

Quelle leçon peut-on tirer de la mise en place de la réduction du temps de travail sur la meilleure méthode pour introduire des changements dans le monde du travail?

G. G.: La loi sur les 35 heures a été révélatrice à la fois des forces et des faiblesses de notre système de relations sociales. Il a fallu, une fois de plus, que l'impulsion vienne de la loi, ce qui est regrettable et ce que la mise en place d'un agenda social partagé dans le cadre d'une conférence sociale annuelle devrait, je l'espère, permettre à l'avenir d'éviter. Mais, au-delà, on ne peut oublier que les 35 heures ont enclenché une formidable dynamique de négociations, en particulier dans les secteurs où celle-ci était traditionnellement très faible: les services, les PME... L'enjeu pour l'avenir est par conséquent de donner à la fois du grain à moudre à la négociation de branche et d'entreprise et de renforcer - à travers le mandatement, la création de délégués de bassin ou de site - la capacité à négocier. Je crois dans le compromis social, au plus près du terrain, comme le seul véritable moyen d'apporter des réponses concrètes et efficaces aux problèmes de l'entreprise.

Concilier la recherche de productivité, indispensable, avec la protection de la santé du salarié doit reposer à la fois sur une prise de conscience nationale, une impulsion politique et la négociation à tous les niveaux.

J. P.: Est-il forcément regrettable qu'une impulsion soit donnée par l'Etat ? N'est-ce pas son rôle ? Le bilan des 35 heures en matière de négociation est tout à fait intéressant. La réflexion devrait cependant aussi se prolonger sur les conditions de cette négociation. Est-ce parce qu'il est négocié qu'un changement est légitime ? Oui, sans doute, mais à condition de préciser ce qu'est une réelle négociation, car celle-ci ne recouvre pas, loin s'en faut, toutes celles qui en ont le nom ou même qui débouchent sur des accords. Une réelle négociation suppose la reconnaissance des intérêts des uns et des autres, de leur nature conflictuelle et de la nécessité de moyens techniques, matériels et humains de part et d'autre pour la mener. Sans parler du respect d'une durée, pour le coup à ne pas réduire !

Propos recueillis par François Desriaux

 

par Michaël Boutines publié dans : Lu sur le net
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