Dimanche 6 juillet 2008

Dans le cadre de notre campagne aux élections municipales nous avions fait une proposition forte en matière de développement durable : tendre vers une autonomie énergétique pour Lombez. Voici un article paru dans le journal Le Monde dans son édition du Mardi 24 juin, qui relate une expérience réussie en la matière. Politique par la preuve... c'est possible ! Voici une expérience à méditer et surtout utile pour engager les communes vers des politiques environnementales qui ont du sens. Socialement juste et économiquement viable et créateur d'emplois, ce modèle mérite une attention particulière. Voici une politique publique locale qui permet d'inscrire une commune vers l'avenir. 
                                                                                                         

Article de Jean Pierre STROOBANTS :

« Mir hunn energie ! » Le slogan « on a de l'énergie ! » est partout, à Beckerich. Sur les façades, sir les documents officiels, dans la tête des concitoyens de Camille Gira, le député maire écologiste. Ce quinquagénaire bouillonnant d'idées et de projets a fixé un objectif à sa commune rurale, dans l'ouest du duché de Luxembourg : l'autarcie énergétique.

Donner aux 2 700 habitants la maîtrise de l'approvisionnement « au lieu de dépendre des cheiks arabes », comme il le dit ? Il y a un quart de siècle que cet homme chaleureux, direct et patient y travaille, depuis qu'il est devenu le premier échevin (adjoint au maire) puis le bourgmestre de ce bourg rural, situé à un jet de pierre de la frontière belge.

En ces temps de forte hausse des prix de l'énergie, avec le litre de gasoil de chauffage qui au Grand Duché atteint 0,90 euro contre 0,30 euro il y a cinq ans, Camille Gira n'est pas du genre à jubiler. Mais il sait qu'il a eu raison de développer, en autres, un système de chauffage urbain à partir de la bio méthanisation. Quelque 90% des ménages de Beckrich y sont désormais connectés et économisent, chaque année, 500 euros par rapport à une consommation moyenne de gasoil.

« L'argent n'est évidemment pas le seul élément à prendre en compte, souligne le maire. Je suis soucieux des questions environnementales et sociales, mais j'ai appris à utiliser d'abord les arguments concrets. Puis à faire en sorte qu'une fois qu'ils ont adhéré, les citoyens n'aient plus aucun souci pratique. » Ainsi, s'ils signent un contrat de copropriété pour l'une des installations photovoltaïques des bâtiments communaux mises gratuitement à leur disposition, ils n'auront plus à soucier de rien. Une régie publique gérera les intérêts et les formalités de ces petits producteurs indépendants d'énergie solaire.

Sur les hauteurs de la commune, Constant Kieffer n'est pas peu fier de montrer ce qu'il appelle « l'estomac de la vache ». Sourire en coin et œil malicieux, le gérant de Biogaz n'aime rien de plus qu'observer la tête des visiteurs lorsqu'ils découvrent, au travers d'un œilleton, l'action des bactéries dans son digesteur. Lisier, déchets végétaux et huiles végétales sont versés dans cette énorme cuve couverte d'un dôme, un milieu porté à 38°C et privé d'oxygène. Au bout de 40 jours, il en ressort du biogaz qui, brûlé, produira de l'électricité pour 700 ménages et de l'eau chaude pour le réseau de chauffage. Soit 24 km de tuyaux qui entrent dans la maison et alimentent radiateurs et chauffe eau. Les résidus serviront d'engrais.

Pour réaliser ce projet, Camille Gira a convaincu 19 agriculteurs de fonder une coopérative et d'investir 5 millions d'euros. Certains sont allés jusqu'à hypothéquer leur ferme, mais aucun ne formule de regrets : le succès à dépasser leurs espérances. « Quand ils ont vu cette usine sortir de terre, les gens ont vraiment adhéré à nos projets » dit Camille Gira.

Aujourd'hui, la demande dans la commune est telle que le biogaz ne suffit plus. Alors, un peu plus loin, une équipe d'ouvriers venus d'Autriche monte une chaudière haute de 30 mètres ? Au mois d'octobre, elle brûlera des copeaux de bois qui fourniront de la chaleur. Le bois viendra des 700 hectares de forêts communales, dont 400 hectares appartenant à quelques 260 propriétaires privés. La mairie leur a proposé de vendre leurs terrains, ou de les échanger. Elle a aussi décidé d'instaurer des contrats de quinze ans, fondés sur le troc : les propriétaires pourront choisir de fournir du bois en échange d'une réduction proportionnelle de leur facture énergétique. 

Christian Seidel, un habitant du village, a été l'un des premiers à croire aux projets d'énergies vertes du maire. Il a payé 2 300 euros et roqué une chaudière au gasoil contre un boîtier d'un mètre sur un dans lequel se fait l'échange entre l'eau chaude qui entre et l'eau froide qui sort. « Le réseau passait devant chez moi, le système ne nécessité ni entretien d'une chaudière ni nettoyage de la cheminée, et j'économise quelque 400 euros par an », explique-t-il. Depuis, M. Seidel a, comme 10% des habitants, installés des panneaux solaires aussi sur son toit.

« C'est vrai qu'on a cessé de nous prendre pour des fous » a commenté discrètement Camille Gira. En 1995, adhérant à un projet international Alliance pour le climat, il s'était engagé à réduire, à Beckerich, les émissions à effet de serre de 50% à l'horizon 2010. L'objectif sera atteint. Et l'autarcie ? « En 2020, peut être, mais l'important c'est l'objectif, pas la date » soutien le maire. Il connaît les règles du marketing, et saut qu'en fixant un tel à ses concitoyens, il entretient leur mobilisation.

Dans les années à venir, il leur promet un recours à l'énergie éolienne. Il les incite, à coups de primes, à renouveler leurs équipements ménagers (38 euros pour l'achat d'un réfrigérateur basse consommation), à rénover leurs habitations en les isolant au mieux, à récupérer l'eau de pluie etc. La consommation électrique des ménages a baissé de 7% par an depuis 1994, alors qu'elle augmente de 2 à 3% dans le reste du pays.

Parce qu'elle sait qu'il faut, encore et toujours, donner l'exemple, la mairie applique partout ce qu'elle prône. A l'école d'Oberpallen, où les peintures sont minérales et les câbles électriques sans PVC. Au hall sportif, isolé grâce à un bois traité thermiquement pour le rendre durable. Dans la zone économique, où le bâtiment principal possède une ossature bois, un triple vitrage et une puis canadien, système géothermique de chauffage et de ventilation. Au centre Dillendapp, qui accueille, hors des heures d'école, des enfants scolarisés pour permettre à leur mère de travailler librement, l'éclairage se règle automatiquement et l'air est constamment renouvelé.

D'une fenêtre de ce magnifique bâtiment, Camille Gira montre une autre de ses réalisations : un pan de forêt dégagé pour permettre à des hirondelles troglodytes, une espèce menacée, de continuer à nicher au sol. « Peut être avons-nous tous déjà raté le train du changement climatique. Mais au moins aurai-je démontré qu'on peut changer une société, même si elle est réputée conservatrice » ; conclut-il.

Par Michaël Boutines - Publié dans : Article
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