Nicolas Sarkozy se rendra à
Pékin le 8 août pour assister à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques. Il va l’annoncer à son homologue chinois, Hu Jintao, en marge du sommet du G8.
Ses justifications ne sont guère convaincantes. On se souvient de sa position au printemps : à la suite de la répression violente des émeutes de Lhassa et du fiasco de la flamme olympique, le
président avait menacé de boycotter l’évènement. Il avait conditionné sa venue à la reprise d’un dialogue entre la Chine et le dalaï-lama. Les autorités chinoises ont certes fait quelques gestes
de façade : rencontre avec des émissaires du dalaï-lama ; libération d’un millier de Tibétains ; réouverture du Tibet aux touristes étrangers. Mais rien n’a changé sur le fond : la répression
continue au Tibet et aucune concession n’a été faite au dalaï-lama.
Nicolas Sarkozy a pourtant raison d’aller à Pékin. Le boycott de la cérémonie d’ouverture ne fait pas sens.
Le débat sur l’attitude à tenir vis-à-vis de la Chine est naturellement légitime. Les « humanistes » rappellent les exactions commises au
Tibet et les violations continues des droits de l’homme en Chine. Les « réalistes » soulignent à l’inverse les progrès accomplis en termes de libertés publiques depuis vingt ans et la dynamique
positive en œuvre.
Le débat est légitime, mais il est forclos pour les Jeux Olympiques. La question n’est pas de savoir s’il faut boycotter en 2008 des Jeux
qui ont été accordés à la Chine en 2001. La question est de savoir s’il fallait, en 2001, accorder les Jeux à la Chine. Le débat était très légitime au moment du choix de la ville d’accueil. Mais
dès lors que ce choix est fait, c’est que le débat est tranché : la Chine est jugée digne d’accueillir les JO.
S’est-il passé depuis 2001 des évènements de nature à remettre en cause la décision d’attribution ? Non. Les Tibétains ont certes saisi
l’arme des JO pour attirer l’attention de la communauté internationale sur leur cause – ils ont bien fait. Mais le régime chinois ne s’est certainement pas durci pendant la
période.
Le vrai enjeu est ailleurs : pourquoi le débat de 2008 n’a-t-il pas eu lieu en 2001, lors de l’attribution des JO ? Tout simplement parce
que personne n’a été consulté, ni les Etats, ni les opinions publiques. La décision a été prise dans le secret du seul Comité international olympique (CIO).
Les Jeux Olympiques constituent un évènement planétaire exceptionnel. Ils offrent un rayonnement international, une dynamique économique
et culturelle, au pays organisateur. Ils représentent, comme les autres grands évènements sportifs internationaux, des actes diplomatiques très importants. Or ces décisions sont réalisées par des
organisations (CIO, FIFA, UEFA, Fédération internationale d’automobile…) privées, non-démocratiques, qui ne sont pas en charge de l’intérêt général mais d’intérêts sportifs et surtout, désormais,
financiers. Les Jeux de Pékin génèrent ainsi des revenus faramineux : 1.7 Md$ de droits de retransmission audiovisuels (pour près de 4 milliards de téléspectateurs attendus), 2 Md$ de marketing,
200 M$ de billetterie.
La communauté internationale se laisse ainsi imposer une partie de sa diplomatie à l’égard de la Chine par des intérêts privés. Le CIO a
d’ailleurs remis le couvert avec les JO d’hiver de 2014, attribués à Sotchi, dans une région caucasienne devenue un désastre écologique, proche de la Tchétchénie, symbole de la crispation
autoritaire du régime Poutine.
Ramener les évènements sportifs planétaires dans le giron de la diplomatie internationale, par exemple sous la responsabilité des Nations
Unies : voilà le vrai défi que posent les Jeux Olympiques de Pékin. Le problème des JO de Pékin, c’est le CIO, pas la Chine.
Par Olivier Ferrand de la Fondation Terra Nova : www.tnova.fr