Le congrès du Parti socialiste, qui
se tiendra à Reims en novembre, sera essentiel, pour la France et pour la gauche. Nous vivons, en effet, un moment historique. La crise financière accentue et accélère le déplacement de la
puissance économique au profit des pays émergents : le PIB des pays du Nord, qui entrent en stagflation, représente désormais à peine la moitié du PIB mondial. Ce monde en bouleversement est
dange
reux, marqué par la montée des logiques autoritaires, russe et
chinoise, face à l'unilatéralisme américain, il est gros de conflits régionaux, caractérisé par de profonds déséquilibres, par l'accroissement des inégalités, par la multiplication des
crises.
L'Europe, hélas !, peine à se construire. A la source de cette mutation se trouve la vague, énorme, initiée par les droites anglo-saxonnes, de libéralisation
économique et financière, l'extension sans limites de l'espace marchand permettant au capitalisme d'accroître à nouveau, et considérablement, sa base de profit. La politique de Nicolas Sarkozy ne
répond pas aux enjeux soulevés par cette évolution du monde. Au contraire, elle se contente de s'adapter à cette nouvelle logique du capitalisme. Sa vision de la France de demain est celle d'une
société d'individus sans appartenance, segmentée, au sein de laquelle des catégories stigmatisées - à commencer par les immigrés - sont opposées aux autres
citoyens.
Le président est à l'offensive, il provoque les syndicats, critique le droit de grève, réduit les moyens de nos armées, affaiblit l'audiovisuel public, menace les
libertés. En somme, il sape le modèle social français. Mais sur l'essentiel, qu'a-t-il fait depuis un an ? Loin de promouvoir le pouvoir d'achat et de muscler l'appareil productif, il a fragilisé
les services publics et dilapidé les marges de manoeuvre de nos finances publiques. Sur le terrain social, si, dans cette période difficile, la priorité devrait être donnée au renforcement de la
cohésion sociale, le président de la République mène un combat obsessionnel contre les 35 heures. Comme si la question du temps de travail était aujourd'hui fondamentale : foutaise
!
Alors, oui, il y a bien, en France comme en Europe et dans le monde, ce que j'ai appelé un besoin de gauche, d'une puissance politique organisatrice, créatrice de
richesse et de solidarité, de régulation internationale. Or, paradoxalement, le Parti socialiste ne parvient pas à incarner la réponse à ce besoin, il ne représente pas suffisamment une
opposition crédible et forte. Ce parti a des ressources considérables. Ses parlementaires travaillent dur sur les textes de loi, se battent pied à pied contre la politique du gouvernement. Ses
élus sont respectés, aimés, dans les nombreuses collectivités locales qu'ils dirigent. Ses militants se défoncent sur le terrain. Ses experts avancent des idées.
Et pourtant, la confiance placée en nous reste faible, notre capacité à bâtir un projet cohérent est mise en doute, la qualité de nos leaders n'est pas reconnue, et
Nicolas Sarkozy, président impopulaire, confronté à son échec économique et conduisant une politique étrangère sans principes et inefficace, poursuit son entreprise de liquidation. Pourquoi cela
? Parce que nous n'avons pas su, après la présidentielle de 2007, ouvrir un nouveau cycle, parce que nous sommes tombés dans la routine et avons succombé à la division. Les militants socialistes,
les hommes et les femmes de gauche, nous regardent avec incrédulité, parfois avec désarroi, et attendent avec inquiétude un congrès qui décidera, tout simplement, de l'avenir du Parti socialiste
comme force de gouvernement, capable de prétendre à l'alternance et d'emporter, enfin, l'élection présidentielle en 2012, après trois défaites consécutives.
Ce congrès est décisif, il constitue même une sorte de dernière chance pour la gauche, mais il est menacé à tout moment. Le premier écueil est celui de
l'immobilisme, de la perspective d'un simple replâtrage, d'une poursuite relookée du statu quo, qui nous priverait de toute dynamique. Le PS ne peut continuer à préférer la communication à la
réflexion, la tactique à la définition d'une stratégie d'avenir, les combinaisons aux choix clairs. Je ne crois pas à la table rase, mais la gauche a besoin de changement, de renouvellement, de
rajeunissement, et surtout de travail. Le second écueil est celui de la présidentialisation.
Le congrès de Reims paraît, si le tir n'est pas corrigé, promis à l'affrontement délétère et sans issue que semblent accepter des responsables qui risquent de se
tromper de séquence. Ils cèdent, en fait, à une illusion commune : ce qui manquerait au PS, ce serait un candidat prédésigné pour l'élection présidentielle. C'est une erreur. La
présidentialisation n'est pas au coeur de la culture de la gauche, attachée à la diversité, au débat. Le problème du PS aujourd'hui n'est pas de ne pas compter dans ses rangs des présidentiables
de qualité, mais qu'aucun (e) ne se dégage avec force, de façon incontestable, et ne peut le faire à court terme. La confrontation qui se prépare entre ces personnalités, qui toutes peuvent
porter les couleurs de la gauche, serait fatale pour elles et suicidaire pour un Parti socialiste dès lors fragmenté, qui entamerait trois années de combat acharné consacré exclusivement à son
leadership, laissant le champ libre à Nicolas Sarkozy pour 2012.
Pour conjurer ces dangers, nous devons nous ressaisir collectivement. C'est ce chemin que je propose - avec Arnaud Montebourg, avec beaucoup d'autres. Il rejoint
l'orientation de plusieurs contributions soumises aux adhérents socialistes et surtout il répond à l'attente de ceux qui croient en l'avenir de la gauche, qui veulent élaborer un nouveau modèle
de développement, bâtir l'égalité réelle, faire avancer l'Europe politique et sociale, construire un PS fort et démocratique. C'est pourquoi je suis candidat au poste de premier
secrétaire.
Ce chemin doit selon moi emprunter trois pistes. Il faut, d'abord, transformer nos principes en actes : le Parti socialiste s'affirme - enfin - réformiste,
européen, attaché à la transformation sociale, il se revendique laïc, féministe, internationaliste, ancré dans une économie de marché qu'il veut écologique et sociale, il doit se battre pour ces
valeurs. Cela implique de remettre le parti, tout le parti, au travail sur les grandes questions de la période, afin de définir le projet des socialistes pour le XXIe siècle, de
concert évidemment avec nos amis socialistes européens. Il doit le faire avec des militants qui débattent, amendent, votent, et en mobilisant ceux - dans les associations, les syndicats, chez les
intellectuels, les experts - qui attendent que nous nous remettions en mouvement.
Cela suppose de tourner le dos à la volonté de présidentialisation du Parti socialiste, et pour cela de changer sa gouvernance, en mettant sur pied une direction
resserrée, soudée, confiant de vraies responsabilités à la nouvelle génération, fonctionnant comme un contre-gouvernement, animée par un premier secrétaire désintéressé, pour lui-même, de la
candidature présidentielle. Notre candidat (e) devra être choisi (e) en son temps, avant la mi-2011, à travers une primaire organisée par le PS, ouverte à tous ceux qui souhaitent y participer,
et qui lui donnera force, élan et soutien populaire.
Ce chemin a un nom : la cohérence. Il exprime une démarche : la responsabilité. Nous sommes quelques-uns, moins nombreux qu'on le dit, à pouvoir diriger le Parti
socialiste. Quelques-uns, moins nombreux encore, peuvent prétendre à mener le combat présidentiel contre Nicolas Sarkozy. Oui, nous avons l'ardente obligation de mettre la gauche en état de
marche pour gagner en 2012, de mener la rénovation nécessaire du Parti socialiste, d'y associer les militants, les élus, les sympathisants. C'est à cela que nous devons consacrer notre
énergie.
Ce devoir d'agir en responsables s'impose à tous, et d'abord aux présidentiables. Il impose un large rassemblement pour une nouvelle majorité. Le PS peut
s'autodétruire, se diriger vers sa quatrième défaite à l'élection présidentielle. Il peut aussi se redresser. Il le doit. C'est ce qui se joue à Reims.