Mercredi 21 janvier 2009 3 21 /01 /2009 15:36

Terra Nova revient d’une mission d’étude sur l’élection présidentielle américaine. A travers de plus de 80 entretiens avec les principaux acteurs de la campagne à Washington, New York et Chicago, elle a pu décrypter les innovations de la campagne et en tirer des leçons pour la France. Je vous propose l'article suivant "Barack Obama : une campagne révolutionnaire"  et un lien pour consulter le dossier complet sur le site internet de Terra Nova. _______________________________________________________________

L’élection présidentielle américaine de 2008 a réconcilié les Américains avec la politique.

 

15 millions de citoyens qui ne votaient plus retournent aux urnes. Le taux de participation bondit à 63% des électeurs en âge de voter (score proche des standards français), alors qu’il oscillait entre 50 et 55% depuis quarante ans. L’enthousiasme collectif est palpable.

 

Ce « miracle démocratique », l’Amérique le doit à Barack Obama. A son talent personnel, bien sûr. Mais tout autant à une campagne révolutionnaire : « la meilleure campagne jamais réalisée », selon ses propres termes.

 

Obama ne mène pas une campagne politique traditionnelle, mais une campagne de mobilisation. Elle vise plus à susciter et organiser des supporters qu’à convaincre les électeurs. Plus de 10 millions de personnes ont participé à la campagne d’Obama. 3 millions ont fait des donations. 1.2 millions ont milité sur le terrain. Du jamais vu. Obama a créé un immense mouvement, une « communauté Obama ».

 

Quelle est le secret de cette mobilisation ?

 

Premier élément : une grande cause mobilisatrice, le changement.

 

On dit beaucoup qu’Obama a mené une campagne charismatique, centrée sur sa personnalité. C’est vrai au début. Mais elle pose vite des problèmes sérieux. Si elle mobilise, elle est aussi clivante : il y a les « fans », les « adorateurs » qui suivent la rockstar, le gourou ; et il y a les autres, qu’inquiète cette hyper-personnalisation. John McCain l’attaque sur son culte de la personnalité : c’est « Obama first » contre « country first ».

 

Le coup de génie d’Obama, c’est d’être sorti de cette campagne charismatique pour basculer vers un nouveau modèle : la campagne de cause, de type caritatif. La personnalité du candidat s’efface derrière une cause fédératrice, le changement : ce n’est plus « vote for Obama », c’est « vote for change ». C’est le modèle du téléthon. Au téléthon, il n’y a pas de personnalité emblématique : qui connaît ses organisateurs ? On s’y mobilise pour une cause rassembleuse : vaincre la myopathie.

 

La clé de la campagne de cause, c’est l’appropriation : les électeurs deviennent des acteurs du changement. La texture du message, d’une rare capillarité, permet cette appropriation. Le narratif de la campagne glisse du « je » au « nous » : « yes we can ».

 

Deuxième élément : les nouvelles technologies comme outils principaux de mobilisation.

 

Plusieurs campagnes récentes en ont eu l’intuition. C’est le cas d’Howard Dean en 2004, avec MeetUp, et de Ségolène Royal avec Désirs d’avenir : ils drainent des dizaines de milliers de supporters via internet. Mais les candidats ont eu du mal à les utiliser pour la campagne : ils se parlent entre eux sur le site et restent on line. Obama réussit la première campagne du 21ème siècle, avec la mobilisation off line des supporters recrutés on line.

 

Pour le recrutement, les objectifs sont simples. « Aller là où sont les gens » : ils sont désormais sur les réseaux sociaux (Facebook, MySpace, mais aussi les réseaux communautaires comme BlackPlanet) ; en utilisant leur viralité, la campagne peut toucher rapidement des millions d’internautes. Et « supprimer les barrières à l’entrée » : un simple click et on met un pied dans la campagne.

 

Pour l’organisation, l’outil principal, c’est le site internet de la campagne : mybarackobama.com - MyBO. Il est conçu comme une sorte de Facebook interne. Il met les supporters en contact, qui peuvent se structurer en créant des groupes locaux. Et il leur donne les moyens de faire campagne : matériel militant, agendas partagés, carte des événements organisés, accès à la base de données des électeurs pour faire du porte à porte ou passer des coups de téléphones, etc.

 

Troisième élément : la mobilisation par le don.

 

La campagne 2008 se caractérise par une explosion du financement : 1.6 Md$, contre 880 M$ en 2004. Barack Obama y écrase la concurrence : 750 M$, contre 350 M$ pour John McCain. Il y parvient grâce à une innovation fondamentale : le financement populaire. Les deux-tiers de son financement proviennent de petits dons : 60$ en moyenne. C’est le modèle de financement du téléthon appliqué à la politique. Ce financement permet de s’affranchir des lobbies et des grands donateurs. Il permet également de créer du lien : le don est le signe de l’appartenance à la communauté. Ces petits dons sont collectés quasi-intégralement sur internet, sur MyBO.

 

Quatrième élément : la révolution militante.

 

L’armée levée par Obama ratisse le terrain. Elle a un contact direct avec 68 millions d’Américains, soit plus de la moitié des électeurs. Obama généralise à l’échelle d’un pays les campagnes de terrain de démocratie locale. C’est la plus grande campagne du 19ème siècle.

 

Dans les campagnes françaises locales, le porte-à-porte est systématique. Mais il est fait par le candidat. Obama donne au contraire le pouvoir aux militants. Le militant fait campagne dans son voisinage de proximité. Ce n’est pas un inconnu qui vient parler à l’électeur : c’est un ami, un membre de sa communauté, un voisin. Cette communication de proximité a une efficacité exceptionnelle : les études montrent que le porte-à-porte retourne une voix toutes les quatorze portes.

 

Mais la mobilisation de terrain ne relève pas de l’autogestion. Elle est très fortement encadrée par un déploiement du staff de campagne sur le terrain : 2.700 salariés, épaulés par 5.000 bénévoles, quadrillent le pays. La campagne Obama y consacre un financement très important : 25% du budget de la campagne, près de 200 M$. L’organisation est pyramidale, « top down ». Ces organisateurs ne parlent pas aux électeurs. Leur rôle est de coordonner les militants. Pour optimiser les bonnes volontés, ils organisent un « militantisme à la carte », en fonction des compétences et de la disponibilité de chacun.

 

Par ses innovations centrées sur la mobilisation populaire, Barack Obama a apporté à l’Amérique une formidable revitalisation démocratique. La France peut s’en inspirer. Elle en a besoin, tant notre système politique a vieilli.



Retrouvez le dossier complet en cliquant sur le lien suivant : 
 http://www.tnova.fr/index.php?option=com_content&view=article&id=575:dossier-terra-nova-liberation-qet-si-obama-changeait-la-vie-politique-francaise-q&catid=4:notes

Par Michaël Boutines - Publié dans : Lu sur le net
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