Samedi 9 janvier 2010
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La mission conjointe du Conseil Général de l’Agriculture, de l’Alimentation et des Espaces Ruraux et de
l’Inspection Générale des Affaires Sociales a réalisé ses investigations sur la période d’avril à juillet 2009. Le rapport présenté, conformément aux options arrêtées avec les
commanditaires au moment du lancement de la mission, est plus un document d’orientation qu’un texte à visée opérationnelle. La mission, à l’occasion de ses déplacements dans cinq
départements et de l’analyse récente de l’évolution du milieu rural, dégage quelques lignes forces sur ces questions de précarité.
L’économie et la composition socioprofessionnelle du milieu rural l’exposent au développement de situations de
précarité
Onze millions d’habitants, soit 18 % de la population de France métropolitaine, résident dans « l’espace rural
», tel que le définissent les outils statistiques. La quasi-totalité des indicateurs montrent que les territoires concernés, comme leurs habitants, se situent au-dessous des moyennes
nationales tant en termes de participation à l’économie nationale, que de revenus, de qualification ou d’emploi.
Près de soixante pour cent des bassins de vie ruraux consacrent en effet l’essentiel de leur activité à la
satisfaction des besoins des seules populations locales, « l’économie résidentielle » étant associée parfois au tourisme ; une « économie industrielle », présente de longue date,
absorbe la majorité des emplois dans un dixième des bassins de vie ; l’activité « agri-alimentaire », enfin, n’est dominante que dans moins d’un centième d’entre eux. Les activités de
caractère « tertiaire qualifié », majeures en milieu urbain, sont peu représentées dans l’espace rural.
Les personnes âgées en milieu rural sont proportionnellement plus
nombreuses : 27 % de plus de 60 ans, contre 21 % en milieu urbain. Mais surtout les catégories les moins qualifiées sont surreprésentées parmi les actifs en emploi : 32% d’ouvriers et
27 % d’employés, contre 7 % de cadres et professions intellectuelles (7% d’agriculteurs). Dans les dernières années, le milieu rural a subi de plein fouet les réductions d’emploi qui
ont touché les secteurs de l’industrie et de l’agriculture.
La régression démographique, qui s’est longtemps accompagnée d’un vieillissement de
la population, ne se poursuit que sur certains territoires ; dans la dernière décennie, un dynamisme démographique rural significatif est apparu, essentiellement causé par des
migrations de l’urbain vers le rural. Malheureusement, ces migrations principalement composées de ménages d’employés, ouvriers et professions intermédiaires, renforcent le déséquilibre socioprofessionnel rural antérieur.
La pauvreté rurale, fréquente, a de multiples visages.
Le taux de pauvreté monétaire moyen dans l’espace rural en 2006 est de 13,7 %, contre 11,3 % dans l’espace
urbain. Les ruraux sont donc en moyenne « plus souvent pauvres ». En outre, dans plus d’un tiers des départements de France métropolitaine, le taux de pauvreté dans la population rurale
dépasse 19 % , dont quatre pour le Nord de la France ainsi que tous les départements des régions PACA, Languedoc-Roussillon, Midi-Pyrénées, Auvergne et Limousin, débordant largement sur
Poitou Charentes, un peu sur l’Aquitaine et le sud de Rhône-Alpes.
Les situations ne sont pas identiques selon le degré d’enclavement des territoires ruraux, la densité et la
nature de leur tissu économique, le dynamisme de leur démographie. Pour décrire ces populations en difficulté, plusieurs figures-types caractéristiques des populations concernées par la
pauvreté et la précarité sont présentées. Leurs fréquences respectives, qu’il serait sans doute vain de chercher à quantifier, varie selon les territoires. Elles comprennent aussi bien
des ruraux d’origine que de "nouveaux" arrivants.
Dans la première catégorie, on trouve les agriculteurs de certains départements dont l’exploitation dégage peu de
revenus, des personnes victimes de la désindustrialisation, des personnes âgées à faible revenu isolées et mal logées ainsi que des jeunes sans qualification et parfois en rupture
familiale. Ces catégories de population font peu valoir leurs droits.
Sont concernées par la seconde catégorie, les néo ruraux installés à la campagne pour des raisons de coût du
logement et confrontés à des difficultés à la fois financières et liées à l’isolement, des familles urbaines en situation de pauvreté s’installant en milieu rural et des personnes en «
errance ». Pour les publics concernés, le milieu rural a parfois été idéalisé, sans prise en compte suffisante des problèmes de mobilité (coût du transport, ou accès à des
transports collectifs), d’organisation de garde d’enfants, de rareté de l’emploi, d’accès à divers services et notamment au logement très social.
Pour aider ces populations en difficulté, des politiques d’une ampleur variée sont mises en œuvre au plan local.
Une des difficultés importantes du travail social en milieu rural tient aux attitudes « taiseuses », de personnes ou de familles qui supportent sans se manifester de très mauvaises
conditions de vie, se replient sur elles-mêmes, ou se protègent du qu’en dira-t-on.